LE PEUPLE DE DIEU

QUELLE ATTITUDE ADOPTER VIS-À-VIS LE SACERDOCE DES FEMMES?

Je suis mal à l’aise face à l’attitude des femmes qui revendiquent la prêtrise dans l’Église.

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Il existe une controverse touchant l’ordination des femmes. Les pasteurs, canonistes, théologiens et théologiennes, expriment en une multitude de livres, de revues, d’articles, des opinions diamétralement opposées...

La place de la femme dans l’Église semble vouloir se concrétiser dans le ministère ordonné; sinon, elle est un leurre pour beaucoup. Les pasteurs de l’Église, qualifiés parfois de misogynes, évolueront-ils là-dessus? Le peuvent-ils?

Vous êtes mal à l’aise face à l’attitude des femmes qui revendiquent la prêtrise dans l’Église. Vous avez droit à votre position qui est celle de l’Église officielle.

Mais, respectez, sans devoir les approuver, les personnes qui diffèrent de votre opinion.

Si beaucoup souscrivent à la position actuelle du Magistère, sont d’avis que rien ne peut changer là-dessus sans trahir le Christ et cette longue Tradition qui remonte aux temps apostoliques, d’autres, par contre, croient que, selon l’exemple de l’Église anglicane, la position de l’Église peut et doit changer, qu’il existe une discrimination fondée sur le sexe et une culture patriarcale dépassée, que rien ne s’oppose théologiquement à l’ordination des femmes, que la Tradition doit rester vivante.

Il importe de discerner la volonté de Dieu. Cette volonté de Dieu n’est pas simplement la satisfaction de notre pensée et de nos goûts personnels. La vocation au sacerdoce demeure toujours un appel, non pas d’une foule, mais de Dieu. «Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu» (He 5, 4).

La femme a des richesses, des qualités et une mission que l’homme n’a pas. Elle a tout lieu de s’en réjouir. Pour nous en convaincre, lisons le livre de Jo Croissant «La femme sacerdotale ou Le sacerdoce du coeur»; c’est un trésor de sagesse à saveur biblique .

Le Seigneur faisait fi des préjugés de son temps et honorait la femme. Librement, il n’a choisi que des hommes pour le ministère sacerdotal. Le prêtre représente le Christ, l’Époux qui se dévoue pour l’Église, l’Épouse, au sein de l’alliance nouvelle. Ce symbolisme, ancré dans l’Écriture Sainte, est important pour l’Église Catholique et l’Église Orthodoxe.

La femme, elle, représente Marie, Vierge, Épouse et Mère. Max Thurian, membre de la communauté oecuménique de Taïzé, France, souligne que les Églises qui ordonnent des femmes n’ont, en général, pas de communautés religieuses féminines.

Si nos pasteurs, surtout le pasteur suprême qu’est le Pape, insistent pour dire que la volonté de Dieu n’est pas que les femmes soient ordonnées prêtres, je crois que cette prise de position comporte un élément important de discernement...

Rappelons-nous la déclaration «Inter insigniores» de Paul VI en 1977, celle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le 15 octobre 1986, et la lettre apostolique sur la «Dignité et vocation de la femme» de Jean-Paul II en 1988.

Il ne faut pas lire l’Écriture Sainte sans référence à la Tradition. Cette Tradition doit demeurer vivante, mais fidèle à elle-même. Il ne doit pas y avoir de hiatus, de brisure avec le passé, mais une croissance homogène. C’est au Magistère qu’est dévolu le discernement à cet égard. Quel que soit le désir, fut-il d’une majorité, l’Église ne peut pas faire ce qu’elle veut, pas même le Pape; l’Église doit se conformer à la volonté du Christ.

L’attitude de l’Église Catholique est aussi l’attitude très ferme de l’Église Orthodoxe, bien que certains théologiens et théologiennes orthodoxes commencent à se questionner à ce sujet. À la suite de la décision du Synode de l’Église d’Angleterre, le 11 novembre 1992, en faveur de l’ordination des femmes, le Patriarcat de Constantinople a exprimé son désappointement: «Quant à l’ordination des femmes, l’Église Orthodoxe suit, pour des raisons théologiques, canoniques et historiques, la tradition séculaire de l’Église indivise... Elle ne permet pas aux femmes l’accès à la prêtrise et encore moins à l’épiscopat, n’excluant cependant pas la possibilité de restaurer l’ordre distinct des ‘femmes diacres’, qui fut très répandu dans la pratique de l’Église ancienne».

Le Pape lui-même réagissait devant cette position des Conférences de Lambeth. Il maintenait la position de Paul VI: «La Congrégation pour la Doctrine de la Foi estime devoir rappeler que l’Église, par fidélité à l’exemple de son Seigneur, ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l’ordination sacerdotale» (Inter insigniores).

Nombre de ministres anglicans, qui n’approuvent pas la décision de leur Église d’ordonner des femmes, ont décidé de se joindre à l’Église Catholique et, quelques-uns, à l’Église Orthodoxe. Ils n’auraient pas agi ainsi s’ils n’avaient eu la certitude que la position de l’Église Catholique et de l’Église Orthodoxe est sérieuse, et même irrévocable.

Il y a une trentaine d’Églises anglicanes dans le monde, avec 520 évêques et 70 millions de fidèles... La décision de ces Églises d’ordonner des femmes prêtres et évêques crée-t-il un nouvel obstacle pour l’effort oecuménique? Non, répond le cardinal Ratzinger, car existe depuis le 16e siècle une conception différente du sacerdoce, considéré par les uns comme sacrement voulu par le Christ, par les autres comme service décidé par la communauté.

La position de l’Église, ajoute le cardinal, n’enlève rien à «l’égale dignité de l’homme et de la femme, surtout par rapport à la sainteté... Devant Dieu, à la fin, ne compte que la sainteté».

Le Pape lui-même adressait une lettre aux femmes, le 29 juin 1995, pour souligner leur dignité et leurs droits à la lumière de la Parole de Dieu.

Mais la décision de l’Église catholique touchant la non-ordination des femmes s’avère inaltérable. Dans sa Lettre Apostolique du 22 mai 1994, le Pape écrivait: «C’est pourquoi, afin qu’il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l’Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (Lc 22, 32), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église» («Ordinatio sacerdotalis»).

Le 28 octobre 1995, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi déclarait que cette doctrine appartenait «au dépôt de la foi» et qu’il fallait la «tenir de manière définitive». Elle «exige un assentiment définitif», affirme la Congrégation, «parce qu’elle est fondée sur la Parole de Dieu écrite, qu’elle a été constamment conservée et mise en pratique dans la Tradition de l’Église depuis l’origine et qu’elle a été proposée infailliblement par le Magistère ordinaire et universel».

Les évêques du Canada adhèrent loyalement à cette position du Pape touchant la non-ordination des femmes, tout en faisant preuve de sensibilité pastorale pour une meilleure participation des femmes à la vie de l’Église.


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