LA VIE CHRÉTIENNE DEVIENT-ELLE TROP AFFAIRE SOCIALE? *** Je ne crois pas. La vie chrétienne ne peut négliger l'aspect social. La doctrine sociale de l'Église a toujours enseigné le bon usage des biens. Il suffit de rappeler l'enseignement des souverains pontifes et de nos évêques. Tous les humains ont droit au travail et à une honnête rémunération, surtout en ces temps où le néo-libéralisme fait fi du chômage et enrichit une minorité aux dépens des petites gens et des pays du Tiers-Monde. Est-ce vraiment trop que l'Église s'occupe de nos frères et soeurs, d'ici ou de pays lointains? Ils meurent de faim ou sont victimes de souffrances sans nom. Faut-il nous limiter à dire: Seigneur! Seigneur! (Mt 7, 21)? À l'occasion du Jubilé de l'an 2000 et s'inspirant de la Bible (Lv 25), l'Église a fait pression morale sur les pays riches pour que soit remise la dette extérieure intolérable des pays pauvres. 17 millions de signatures furent recueillies. Ce n'est pas une question de charité mais de justice, affirmait un symposium international d'évêques catholiques à Cologne, en Allemagne. Il est juste que les dettes soient payées, disaient-ils, mais ce ne l'est plus quand ce paiement occasionne la famine et le désespoir pour des millions de gens. En cette même ville de Cologne, en juin 1999, les leaders G8, les chefs des grands pays industrialisés, ont annulé une dette de 70 milliards de dollars que leur devaient 36 pays. Ce n'est pas une remise à 100 % pour les 50 pays les plus pauvres du monde, mais c'est une heureuse décision. Le Fonds monétaire international adoucit aussi ses mesures. Le Canada a exercé une forte influence, tout comme il avait fait pour que soit banni l'usage des mines anti personnel. À cette annulation de la dette, il faut joindre des mesures pour faciliter le développement de ces pays, grâce à des infrastructures qui aident les populations.
Je ne peux brosser l'historique de l'influence sociale
catholique. Au 19e siècle, qu'on se rappelle ce
qui s'accomplit aux États-Unis, en Angleterre, en
France, ailleurs, l'oeuvre d'Albert de Mun et de La Tour
du Pin, les Semaines Sociales, l'encyclique Rerum
Novarum de Léon XIII en 1891, Quadragesimo anno
de Pie XI, les textes de Pie XII, de Jean XXIII, de Paul
VI, etc. Jean-Paul II a fondé, en 1994, l'Académie pontificale des sciences sociales. Elle a pour but de promouvoir l'étude des sciences sociales, économiques et politiques, pour offrir à l'Église des éléments qui lui seront utiles dans ses orientations. Afin que la Parole de Dieu ne néglige pas les problèmes sociaux! Jean-Paul II disait: Les problèmes sociaux, financiers et économiques, ne sont pas étrangers à l'évangélisation et à la dignité de la personne humaine . Au Canada, le Bureau des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (C.É.C.C.) et, au Québec, le Comité des affaires sociales de l'Assemblée des évêques du Québec (A.É.Q.), interviennent souvent auprès du gouvernement et des députés, comme auprès des municipalités, pour proposer des solutions justes aux difficultés sociales. Elles le font, par exemple, pour s'opposer aux spéculateurs financiers et améliorer l'économie mondiale, en exerçant une influence sur l'investissement mondial, en prenant souci des pays du Tiers-Monde, en protégeant les faibles et les petits, en les sortant de dettes écrasantes, en s'occupant des travailleurs et des gens sans emploi, etc. Elles le font aussi pour défendre les droits de l'homme, la vie et la dignité humaines. Agit aussi le Conseil canadien des Églises (C.C.É.). Comme disciples de Jésus, nous avons l'obligation de travailler avec lui à rendre ce monde meilleur. L'évangile comporte une dimension sociale. La revue Relations encourage les chrétiens engagés à promouvoir la justice sociale. À Montréal, depuis plus de 25 ans, le Centre St-Pierre fait de même, supporte les organismes communautaires, lutte contre la pauvreté, soutient les personnes faibles et en difficulté, les aide à se prendre en charge. L'aspect social de la vie chrétienne n'exclut pas la nécessité de la prière, du recours à Dieu, du culte à lui rendre. La dimension horizontale ne doit pas nous faire négliger la dimension verticale; le contraire aussi est vrai! |